Aux confrères prêtres, aux diacres, aux sœurs et frères consacrés, aux fidèles laïcs du diocèse d’Auch.

Chers confrères prêtres,
Chers amis,
Chers frères et sœurs dans le Christ,

Le Saint Père vient de me nommer évêque du diocèse d’Aix-En-Provence. J’accueille dans la joie et l’esprit de service cette importante responsabilité, conscient de la marque de confiance inouïe qu’elle représente. 

Elle est aussi au plan personnel un changement profond. Je méditais récemment l’évangile de Saint Matthieu où Jésus appelle un homme à le suivre, lequel lui demande « laisse-moi enterrer mon père ». Vous savez ce que Jésus répond : « laisse les morts enterrer les morts, toi suis-moi ! » (Mt 8,22). Cette parole prend pour moi aujourd’hui une résonance particulière. Je vais quitter la terre où sont ensevelis mes parents et grands-parents. La terre où réside l’Eglise du Christ qui est à Auch et à laquelle j’ai confié ma vie lorsqu’elle m’a ordonné au ministère presbytéral. Je vais quitter mes frères prêtres, les plus jeunes auxquels j’ai imposé les mains, et les plus âgés qui m’ont imposé les mains et accueilli dans leur famille.

Je vais quitter le Peuple de Dieu et le peuple gersois que j’ai servi avec joie comme vicaire, curé, vicaire général… Et lorsque l’archevêque de Toulouse et l’évêque d’Auch m’ont demandé d’être recteur de l’Institut Catholique de Toulouse, c’était à mes yeux pour un temps, ne cessant d’ailleurs pas d’assurer dans les paroisses du Gers un ministère dominical qui m’était toujours une respiration et un réconfort. Je vais quitter cette terre. Je vais quitter ce peuple. Je vais quitter cette famille de frères prêtres. 

Avant de vous quitter, je veux donc vous témoigner de la grande joie que j’ai vécu durant toutes ces années de ministère dans le diocèse d’Auch. Témoigner du saint exemple reçu de tant de confrères prêtres. Je ne citerai pas les vivants ! Mais je citerai au moins parmi nos frères décédés : l’abbé de Lavenère, l’abbé Ansos, et celui qui a tant compté au temps de ma formation, l’abbé Paul Cantaloup. Témoigner que j’ai sans cesse perçu la grande vérité de cette parole du Seigneur « on ne muselle pas le bœuf qui foule le grain » : dans l’exercice du ministère, j’ai grandi dans la foi au contact des fidèles du Christ, de leur dévouement, de leur piété. Leur quête de Dieu devenait la mienne et l’encourageait. Leur fidélité au Seigneur ancrait la mienne. Leur ferveur apostolique encourageait mon zèle missionnaire. Je me suis nourri de ce qu’il m’était donné de leur transmettre : la parole de Dieu et les sacrements. 

Comme théologien, je sais bien des choses sur ce qu’est un évêque : mais j’ignore ce que c’est qu’être évêque. Je consacrerai l’été à laisser en moi la place nécessaire pour accueillir la grâce du Seigneur, qui fera de moi son serviteur dans cette nouvelle mission. Et je compte sur votre prière à tous pour que le vase d’argile que je suis se vide de tout son sable inutile et encombrant pour laisser toute place au Seigneur. 

Mon réconfort et ma joie est de savoir d’avance que dans le diocèse auquel je vais confier ma vie, je trouverai le témoignage des frères prêtres, humbles serviteurs du Christ et du peuple chrétien pour m’éclairer sur ma propre mission, et soutenir mon propre témoignage. Je sais d’avance que j’y trouverai le témoignage de la charité des frères diacres pour nourrir mon ministère épiscopal de la charité, qui vient de la Sainte-Trinité et qui est sans borne. Je sais d’avance que j’y trouverai le témoignage du Royaume que portent les consacrées et consacrés à la prière desquels je confie ma prochaine consécration épiscopale. Je sais enfin que ce que je quitte du Peuple de Dieu qui est à Auch, je le recevrai au centuple de la part du Saint Peuple de Dieu qui forme l’Eglise qui est à Aix, à Arles et dans tous ces lieux si antiquement marqué par la croix de Jésus, depuis les saintes femmes accostant aux Saintes-Maries de la Mer, depuis sainte Marthe à Tarascon, et le saint évêque Césaire d’Arles. Pour paraphraser saint Augustin, j’aurai pour eux la joie d’être évêque, et avec eux la joie d’être chrétien.

Je suis triste de vous quitter, chers amis gersois, et joyeux d’anticipation à la pensée de toutes les merveilles de Dieu que je découvrirai dans le lieu où le Seigneur m’envoie. J’espère rendre grâce à Dieu pour tout cela et demander votre intercession pour mon ministère épiscopal lors de la messe à la Cathédrale, autour de notre évêque Monseigneur Lacombe, le jeudi 25 août prochain à 18h30. Je serai ordonné par Monseigneur Aveline, archevêque de Marseille, en la cathédrale d’Aix le dimanche 2 octobre.

D’ici là je me confie à votre prière, et que le Seigneur vous bénisse !

P. Christian Delarbre

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